ITALIE - Débat sur «Climat, énergie et sécurité»
Conseil de Sécurité, Nations Unies
(New York, 17 avril 2007)
Discours du Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, M. Vittorio Craxi
Madame le Président, Monsieur le Secrétaire Général, Messieurs les Délégués,
Je désire avant tout remercier le Royaume-Uni, en sa qualité de Président du Conseil de Sécurité, pour avoir organisé ce débat ainsi que son Ministre des Affaires Etrangères qui témoigne avec sa présence de l’importance du sujet.
Les changements climatiques représentent, sans équivoque, une menace globale. Le débat de ce jour nous fait prendre conscience des dangers liés aux problèmes de l’environnement et nous fournit des éléments utiles pour réaliser des actions dans les forums compétents, au sein des agences spécialisées et des Pays membres de l’ONU.
Il y a quelques semaines, le dernier rapport du «Panel Intergouvernmental sur le changement climatique» a souligné l’extrême gravité du processus de réchauffement de la planète et le lien entre ce dernier et les activités humaines.
La désertification, l’élévation du niveau des mers, la sécheresse, les inondations, la croissante insuffisance des ressources naturelles, en particulier de l’eau, ont des effets déstabilisants dans des domaines qui n’étaient pas encore considérés. Plusieurs études, dont celles du «Stern Review» et de la Fondation des Nations Unies, mettent en évidence la grave menace que les changements climatiques provoquent même en termes de paix et de sécurité, jusqu’à être cause concomitante de conflits.
Les changements climatiques ont un impact non seulement sur l’environnement, l’économie et la santé humaine, mais aussi sur la stabilité et la sécurité, en particulier quand ils apparaissent dans des contextes déjà caractérisés par des problématiques d’ordre ethnique, culturel, politique et économique.
En perspective, nous pouvons bien craindre que des disputes de frontières ou pour la répartition de zones maritimes vont naître à la suite de modifications du territoire causées par l’élévation du niveau de la mer.
A cela, il faut ajouter le risque élevé d’exodes d’entières populations qui engendre une grave instabilité socio-économique outre des crises humanitaires. Il est estimé que, déjà en 2010, la dégradation de l’environnement lié au changement climatique pourrait donner lieu à des déplacements forcés de populations, jusqu’à 50 millions de personnes dans les pays en voie de développement.
L’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Asie sud orientale et en particulier les petites îles – qui par ailleurs sont celles qui produisent en moindre mesure les gaz à effet de serre – font partie des zones les plus exposées aux changements climatiques et au potentiel de déstabilisation.
Il faut être conscients qu’il n’y a pas de trade-off entre la lutte contre la pauvreté et la sauvegarde de l’environnement: les changements climatiques, avec les risques intrinsèquement liés aux spirales de conflits et d’exodes de masse, contribuent à l’augmentation de la pauvreté aussi bien que de l’instabilité. L’augmentation de la pauvreté due aux changements climatiques provoque l’accroissement du mécontentement et, comme le souligne la «Stern Review», en dernière analyse le recrutement de la part de groupes rebelles ou terroristes.
Il ne faut pas non plus oublier le lien entre changements climatiques et sécurité énergétique qui risque d’engendrer des situations de crises entre Etats. Notre modèle de développement et notre style de vie appellent à d’énormes quantités d’énergie. Cela se traduit par une recherche fébrile de grandes quantités de combustibles fossiles, avec des conséquences en termes de tensions géopolitiques et de développement non durable.
Pour une gouvernance de la dynamique environnementale et de celle énergétique, à fin d’assurer à chaque citoyen du monde l’accès à l’eau potable et à l’électricité, il est nécessaire que la communauté internationale partage le principe de l’indivisibilité de la sécurité énergétique et du développement durable. Face aux risques liés aux changements climatiques et au modèle actuel de développement économique, il faut mettre en œuvre des stratégies communes. Les variables environnementales et climatiques doivent être insérées de manière transversale dans toutes les activités des Nations Unies.
L’Assemblée Générale et ses organisations reliées doivent pouvoir exercer un rôle plus incisif et concret en la matière.
Dans le cadre de la réforme des Nations Unies, il est souhaitable de renforcer la gouvernance environnementale multilatérale pour contrecarrer et gérer ces phénomènes. Nous accueillons avec satisfaction la référence à cet aspect contenue dans le Rapport récent du Secrétaire Général au sujet des recommandations du Panel dans l’exercice de la «system-wide-coherence». Dans ce contexte, le gouvernement italien est fermement convaincu de l’importance de créer une Organisation des Nations Unies pour l’Environnement (UNEO).
De même, il est nécessaire d’accroître la collaboration régionale pour définir des formes de co-gestion des ressources insuffisantes et de coopération transfrontalière. Au niveau local, il faut adopter des politiques nationales visant à soutenir le développement durable, à lutter contre les changements climatiques et à répondre aux nouveaux défis de la sécurité environnementale en impliquant davantage les entreprises et la société civile.
L’Union Européenne, tout le monde le sait, a adopté récemment l’engagement de réduire unilatéralement les gaz à effet de serre de 20% d’ici 2020 et de 30% au cas où il serait possible d’atteindre un accord international post-Kyoto. L’UE a aussi prévu des objectifs visant à augmenter l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et les bio-combustibles. Il s’agit d’un engagement sans précédent qui témoigne de la priorité accordée par l’UE et par les Etats membres aux problèmes de l’environnement.
Dans le cadre du G8, l’Italie joue aussi un rôle propulsif en ce qui concerne les questions environnementales et elle a lancé un partenariat pour promouvoir le développement des bio énergies. L’Italie attend avec intérêt les conclusions du prochain Sommet G8 de Heiligendamm qui va consacrer une partie importante au débat sur les changements climatiques et sur l’efficacité énergétique.
Le gouvernement italien organisera à l’automne prochain une Conférence nationale sur le climat dont le but est de sensibiliser l’opinion publique et favoriser l’adoption d’une stratégie à long terme pour contrecarrer le réchauffement. Le débat portera également sur le rapport entre sécurité et changements climatiques.
Madame le Président,
en conclusion, il faut donc s’engager avec détermination et agir vite, tant sous la forme de l’adaptation que sous celle de la mitigation. Une action tardive risquerait de faire augmenter les coûts et de rendre même irréversible le réchauffement de la planète, avec tous les effets dévastateurs qui en découleraient aussi en termes de manque de prévention des conflits.
En particulier, le gouvernement italien renouvelle, à l’occasion de ce Conseil de Sécurité, son propre soutien à toutes ces initiatives qui visent à atteindre un consensus en vue d’élaborer un nouvel accord international, universellement agrée, pour la lutte contre les changements climatiques et, dans cet esprit, il est prêt à s’activer avec les partenaires européens.
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